1 month ago

Dis-moi Benjamin (de la narratabilité en milieu tiède et froissé)

Donc nous parlions de sommeil, de réveil, d’éveil, de rêve, d’histoire, de futur, de racontable, de narration. Du trio passé-présent-futur et de l’éclatante révélation, selon B. : ce moment où s’ouvrent les yeux et se replie l’écran ondoyant des décharges oniriques, cette parfaite perception qui rendaient perplexes ceux d’entre nous - tous - qui ont fait, comme le narrateur (le narrateur, faut-il le préciser, est toujours celui de La Recherche), l’expérience de ce réveil-matriochka où s’emboîtent passés et présent.

(le futur, me semble-t-il, n’était probablement là que par symétrie et désir de systématisation. Le rêve prémonitoire ne le devient que lorsque le présent fournit une clef selon laquelle peut-être réinterprété le passé, soudain rhabillé en préfiguration du présent. Le futur ne tient aucun rôle dans cette historiette, et ni l’avenir ni la prophétie n’ont à voir avec le rêve prémonitoire… Mais je suis de ceux qui, par incrédulité, font des Cassandres ; laissons donc là la divination à ceux qui s’y entendent mieux que moi.)

Réveil-matriochka, peut-être, mais poupées fantômes en ce cas : la taille des poupées est rétive à la sériation, les emboîtements comportent autant de fusion que d’individuation. Un présent fragmenté s’abouche à des passés concaténés. Moment où justement, ce qui est aboli est la narration ; insensé, dans tous les sens du terme (sauf le sensuel, stimulé) ; sans priorité ni narratabilité. Pré-narratif pour La Recherche : le narrateur encore stérile. Aucune dichotomie n’en peut se constituer : l’éveil comme le rêve (comme l’histoire comme le passé comme pas mal de choses, au fond) est racontable; le rêve s’oppose au non-rêve, c’est-à-dire au sommeil sans mémoire ou au jour de merde (cela en fait deux, ce qui me suffit à écarter le spectre de la dichotomie, mais il y en aurait d’autres à nommer). Le réveil, lui, est inénarrable, touffu, froissé. En cela peut-être est-il plus clairvoyant ? Révélation du signifié insignifiable, de la prolifération désordonnée que l’esprit appauvrit pour s’en saisir, de cette trace derrière laquelle nous courrons depuis un siècle (à peu de choses près).

Le Paradis, humain, avait bien une temporalité ; seul Dieu et le déshumanisé qui vacille au seuil du rêve en sont pour un moment exemptés. Peut-être le rêve est-il cette mort aveuglante où quelque chose se produit sans que l’esprit ne se le raconte ni ne le mesure, peut-être le temps s’y dissout-il, mais comment savoir : l’accès en est jalousement gardé par Mnémosyne, immémoriale salope. Le réveil, rêve prolongé d’un singulier (neutre, de forme atone, etc.), nous coule entre les doigts, y inscrivant la trace d’une plénitude étrangère. La possibilité d’une il, comme disait l’autre, quand il s’inventait futurologue.

1 month ago

I guess. Otto Gross.

2 months ago

A Dangerous Method. Middling movie. Some Dangerous Frailty, though.

2 months ago

"Reason is, and ought only to be the slave of the passions, and can never pretend to any other office than to serve and obey them."

- David Hume, 1739

3 months ago

Mon corps ici et maintenant, le corps surgissant de la zone abrasée où le rebord de la chaussure a mordu, frotté – mais ne frotte plus, au repos – mon cou-de-pied plus marqué que la moyenne, le corps ressentant la pression subtile de l’urine qui voudrait en sortir, chatouillant l’intérieur d’un extérieur absent, si proche du pincement de la grande lèvre coincée entre la chaise et le repli de mon collant, la volonté qui s’exerce, là-bas, le verrouillage effectué (quand et par qui ? était-ce moi, ai-je oublié ?), terminé,  et qu’il faudrait une violence pour défaire, là sur la chaise de mon bureau, le corps de mes narines sèches (surtout la gauche, pourquoi ? respirons-nous vraiment par une narine différente à intervalles fixes, et quelles sécrétions ont tapissé la paroi puis séchant, se rétractant, me donnent-elles cette sensation pénible de desquamation) qui sentent à contrecœur les bouffées intermittentes de la sueur qui perle sous ma robe et que je peux éprouver comme suée si je croise les bras plus près de mon torse, le bout froid de mes doigts que j’appuie, un instant, sur le visage dont la peau, tendue au-dessus de l’arcade sourcilière, se révèle d’une douceur huileuse, le gratouillis sans cause qui s’agite sur ma clavicule droite, et maintenant sous les orteils – le second orteil – du même pieds, mon corps morcelé que je ne rencontre que par sensations insolites et désagréables, mouvantes, sitôt qu’écrites effacées par d’autres émergences, d’autres éphémèrités déplaisantes, mon corps ici et maintenant à son poids de forme, le ventre doucement arrondi, la peau lumineuse – sauf sur les cuisses, adoucies de duvet, de poils longs, fins et nombreux – les seins dans leur nouvelle forme qui me surprend encore, la courbe ferme des mollets et celle plus relâchée des cuisses, le léger marquage des côtes, tout cela je ne le sens pas mais c’était dans mon miroir ce matin et je peux me le rappeler, c’est mon corps ici et maintenant, je crois, mais en quel sens plus réel que le corps ici et maintenant que je fuis, celui de mes cinq kilos en trop, presque rien et presque tout, le corps que tu vois, le corps auquel pense ma mère et celui auquel pense mon amant, mon corps d’élève et mon corps de cliente et mon corps esthétique et mon corps social et mon corps malade et mon corps sain et mon corps dysmorphique, autodysmorphique, euphomorphique, autoeuphomorphique, espéré, désiré, rejeté, mon corps français et mon corps américain, mon corps de fille – mon corps de fille de mon père, toujours trop féminin, trop exigeant, source de fierté et d’un certain embarras, de surprise et d’incompréhension, mon corps de famille avec ses muscles longs et paresseux, son visage allongé, son nez peut-être, et mon corps de fille de ma mère avec sa peau si blanche de bretonne et d’intellectuelle et de n’aime pas la plage (mais j’aime la plage) et de fuit-le-soleil (mais qui aime la chaleur, et cela n’est ni de mon père ni de ma mère ni certainement de moi), mon corps trop maigre lui donne-je assez à manger et mon corps sans enfant quel dommage et mon corps estime de moi-même qui ne se laisse pas marcher sur le ventre de ma mère, mon corps de fille de ma mère avec son menton en galoche et la propension de ses doigts à créer des mots refusés à la bouche et sa sensibilité au sel, au fort, à l’ail, aux injures et aux tristesses, aux parfums trop sucrés, mais j’aime les parfums lourds, et ce n’est ni de mon père ni de ma mère ni de moi, attiré par la pensée de la mort et de l’Ankou et de la chute, et en effet j’aime le noir, et les loas psychopompes, l’odeur de l’encens mais pas celle du jugement ni dernier ni avant,  mon corps nourri des plantes de la terre et des animaux de la terre et de ceux de la mer, du lait de ma mère, mon corps sans allergie (mais il n’en fut pas toujours ainsi) étonnamment résistant aux virus ou juste moins prompt à les ressentir que le corps de mon mari, mon corps dans tes yeux de fille et de garçon et d’homosexuelle et de toi, toi avec tes préférences si différentes des siennes, mon corps que je te demande et mon corps webcamé, coupé en morceaux, mon corps reflété, mon corps médical et mon corps qui fatigue de ses mots et mon corps qui se souvient d’avoir été traversé par cette tirade, différente en ses mots, différentes en sa langue, alors que je marchais, mon corps qui ne marche pas mais sait marcher, mon corps à deux ou trois, mon corps déjà mort et mon corps revenu, mon corps quand il n’est pas le mien ni le tien mais celui de ce que je suis ou pas, j’étais ou je deviendrais, mon corps traversé, possédé de toutes ces idées qui ne coalescent jamais, jamais, mon corps qui demeure malgré tout, malgré le changement de mon regard et de vos regards et de ses fonctions et de ses dysfonctions et de ses cellules et de ses capacités et de ses incapacités et de ses connaissances et de ses frictions et de ses positions et de ses propriétaires et de ses regards et de ses opacités et de ses essences et de ses puanteurs, le corps auquel j’appartiens en cet instant, avant de mourir, ou de ressusciter, ou de continuer, remplacée continuée prolongée assimilée accrétée ignorée identifiée égalée par un(e) autre qui poursuit le mouvement de mon doigt afin de frapper la touche, qui pense la tortue et qui pense Achille, et qui me pense, quelle pensée me momifie-t-elle en cet éclatant sarcophage ?

3 months ago

"Genius is always sufficiently the enemy of genius by over-influence"

- Emerson

4 months ago

"Immoderato cantabile"

4 months ago

Tyger Tyger, 2012

Man, do I love flash mobs. Disruption on a schedule, the free subjection of the many to the few, art as the display of cogs, by cogs, for cogs; silent self-expression of bodies remotely controlled by cell phones, the ultimate American freedom. A Saturnalia of disneyfied blade crawlers, the few displaying manyness, singularity by numbers.

4 months ago

swelling and swelling with these things you despise,
grace and the like, and the circular loss of faces too dull to behold,
with the sickening velvet of your eyes, baby blue like a hopeful 1970s tuxedo.
You will never know.
You will never know.
You will never feel it, the skin calls, it calls all the time, outside in, resistible and interminable, faster than the word, always. the motion and the sickness of slowness, the things that burn holes where once i was paper, eating ink like I do when I erase the birthmarks and lifemarks and creases and touches past, turning hide into nerves, unleathering you so you can feel again the excruciating shock of a leaf hitting the pavement, so there’s a moon again meaning again hunting again, teeth and fur and something thinner than sperm, whiter than saltwater. raw burgeoning flesh alive with them, bubbling out of you, the inorganics you cuddle in your cells, the pearls distending my guts, exquisite ectopics.
you see the prettiness.

5 months ago

Miltonic Creation by…

Specularity
Cellular division
Proliferation
Decomposition
Infection
Speech act
Industry
Fermentation
Revelation
Elation
Repression
Impregnation
Rape
Sodomy
Touch
Sporification

5 months ago

Opération

1.
Tendue comme la peau
autour des yeux qui
rétrécissent p.

0.
Pas chez moi jamais
Frange
Chair de mon secret +.

0.
Chaleur pulvérulente
Blancheur de mes os
Saillants sous ta main +.

1.
Mensonge sec.

5 months ago

Titles

On Drowing in Public or The Art of Drowning in Public

The Hurricane Effect: a Butterfly Flaps Its Wings in Beijing

Scandalous Slippers

It Was a Dark and Stormy Morn

5 months ago

Combustion interne

Nous sommes les particules courbées, impénétrées,
Nous sommes rayonnements, et froide anaérobie
Dévorant toutes années, étouffant espéré
Portant l’infini sombré, la matte énergie

Chantez-nous vos entrailles de vos voix saturées
Vos molécules qui rêvent, oh bactéries
Faisaient vibrer l’acide lyre aminée.
La croulée lente de densité la replie.

Serons-nous combustion, dissolution, explosion ?
La matière se délitera, vision stellaire
Et brulera dans des feux sans lumière

L’avenir incessant de tes respirations
Distorsions orgasmiques, intenses pulsées,
Distend un infini soleil rouge noyé.

5 months ago

Renoncer

Traitresse remonte l’amère écume suée ;
Ce désir qui agite mes mains menteuses,
Suri, par noire porosité exprimé
Submerge mon lumineux dessin. La gueuse,
Où j’appelle le silence à se diffuser,
Morcelle par rumeurs l’oubli, insidieuse
Glissée constellant la nuée caillebottée.

5 months ago